Les Maisons solidaires de l’alimentation VRAC, des projets de solidarité alimentaire au cœur des quartiers populaires  

Depuis sa création, ce qui anime VRAC, c’est l’idée de faire du droit à l’alimentation une réalité dans les quartiers populaires, notamment grâce aux groupements d’achat. Le droit à l’alimentation, c’est permettre à tout un·e chacun·e de pouvoir accéder physiquement et économiquement à une alimentation de qualité et en quantité adéquate, conforme aux besoins et préférences, qui puisse respecter l’environnement et rémunérer correctement les producteurs·rices. Pour aller plus loin dans notre projet, nous souhaitons apporter une nouvelle réponse, complémentaire aux groupements d’achats, à savoir la création de Maisons solidaires de l’alimentation VRAC

Quelle est la définition d’un tiers-lieu de transition et de solidarité alimentaire ? 

Pour en parler, on préfère autant vous citer la proposition faite par le Laboratoire d’Etudes et de Recherche sur l’Intervention Sociale, dans son guide « Une place à table – Guide pédagogique pour la co-construction de Tiers-lieux de solidarité et de transition alimentaire », qui nous semble très juste. 

« Les tiers-lieux de solidarité et de transition alimentaire sont des espaces de proximité, gérés et gouvernés collectivement, qui prennent vie dans un ou plusieurs lieux physiques mais aussi dans l’espace public à travers de multiples activités. Leur émergence est basée sur la prise en compte de la précarité et des inégalités alimentaires sur un territoire, sur l’exercice d’une “citoyenneté alimentaire” et sur des coopérations à différents niveaux, notamment avec le monde agricole en transition. Ils visent à relier les dimensions sociales, économiques, environnementales et politiques, et portent une dynamique de transformation sociale (visant des changements dans les manières d’agir et dans les rapports sociaux) en faisant de l’alimentation un sujet politique. Ils constituent des espaces où peut se penser et se vivre, la démocratie alimentaire. » 

Inauguration de la MESA à Lyon, octobre 2022. © Bertrand Gaudillère / item 

L’une des particularités de ces tiers-lieux, c’est l’hybridité des formats, en tout point essentielle afin de s’adapter aux territoires, aux partenaires et aux envies des habitant·es mobilisé·es autour d’un tel projet.  

Le fil conducteur des activités proposées dans ces lieux ? Apporter des réponses aux différents enjeux d’une accessibilité alimentaire de qualité pour toutes et tous !  

Pensées de manière complémentaire, ces activités peuvent prendre une multitude de formes en fonction des territoires et des dynamiques partenariales à l’œuvre : cuisines ouvertes, épiceries et restauration biologiques, ateliers collectifs autour de l’alimentation, la santé ou encore le jardinage… Tout reste à inventer par les habitant·es engagé·es dans le projet. 

« Le lieu est agréable, ça ne fait pas magasin. » 
« C’est un lieu qui permet de passer le temps et de discuter. » 
Extraits d’entretiens avec des adhérents de la MESA, tiers-lieu alimentaire porté par VRAC Lyon – Etude Pluricité 2023 

« Ce n’est pas seulement une épicerie sociale mais aussi un lieu de rencontre de groupes de femmes, ce qui manque beaucoup dans le quartier. » Extrait d’entretien avec une Travailleuse sociale de la Maison de la Métropole de Lyon 8 au sujet de la MESA – Etude Pluricité 2023

De multiples dimensions qui dépassent la simple idée de créer un lieu aux activités variées 

Les maisons de l’alimentation VRAC souhaitent, à l’image du projet associatif porté par VRAC, répondre aux 4 piliers qui structurent la notion de droit à l’alimentation, un droit humain qui se fonde sur le fait que tous les êtres humains doivent pouvoir bénéficier, en tout lieu et tout moment, d’une alimentation : 

  • Disponible : en quantité et en qualité adéquates 
  • Adéquate : conforme à leurs besoins, préférences, valeurs et croyances  
  • Durable :  produite dans le respect de l’environnement et des êtres humains  
  • Accessible : physiquement et économiquement accessible 

Participation, non-discrimination, pouvoir d’agir et dignité sont aussi légion : chaque personne, quelle que soit sa situation, a la possibilité de prendre part au projet, d’en être actrice et de prendre part aux grandes décisions et orientations du lieu (commissions animations, commissions approvisionnement, participation à l’organisation des différentes activités, inclusion dans la gouvernance, etc.).  

La participation est ainsi un levier d’émancipation pour les personnes, qui donne du pouvoir d’agir et de la mise en capacité, des capacités souvent mises à mal dans des situations de précarité. Ces espaces sont aussi des espaces de non-discrimination où il est proscrit toute différence de traitement, qu’elle soit basée sur l’appartenance ethnique, la couleur, le sexe, la religion, la langue, etc.  

Ce sont ces valeurs chères aux maisons de l’alimentation telles que nous les concevons chez VRAC, qui permettent d’y penser et d’y vivre la démocratie alimentaire où chacun·e est acteur·ice et non bénéficiaire.

« J’accompagne des personnes pour qui la qualité des produits est très importante, qui ne s’y retrouvent pas avec l’aide alimentaire classique. VRAC, c’est une vraie ressource pour ces personnes. » Extrait d’entretien avec une travailleuse sociale de la Maison de la Métropole Lyon 8 – Etude Pluricité 2023 

« Pour les structures d’aide alimentaire classiques, il faut envoyer un rapport social et une fiche comprenant l’élaboration d’un budget, ce qui prend beaucoup de temps et ne correspond pas au besoin urgent des personnes. À la MESA, il y a une facilité d’orientation ultra-rapide, très novatrice : ça renforce fortement le lien de confiance avec les personnes qui se sentent écoutées, qui trouvent une solution quasi-directe à leur demande sur au moins un de leurs besoins. » Extrait d’entretien avec une travailleuse sociale de la Maison de la Métropole Lyon 8 – Etude Pluricité 2023 

Pourquoi est-ce qu’on se retrouve dans ce modèle ? 

Au sein du réseau VRAC, nous essayons de répondre aux besoins alimentaires des habitant·es des quartiers prioritaires, dans la qualité et la dignité. Depuis plus de dix ans, notre projet nous a permis de développer plus de 120 groupements d’achats en France et en Belgique, et qui sont au cœur de notre projet associatif. L’expérience acquise sur ce format d’action nous permet aujourd’hui de tester de nouveaux modèles, de réfléchir à de nouvelles pistes d’action complémentaires sur les territoires… Nous souhaitons continuer d’innover dans nos modèles d’accessibilités à une alimentation de qualité pour faire évoluer nos systèmes alimentaires ! 

Comme pour les groupements d’achats, l’implication des habitant·es et le soutien des acteurs locaux sont nécessaires pour assurer la réussite de l’implantation du projet sur le territoire.  L’étape de co-construction avec les habitant·es du quartier est primordiale pour modeler un projet adapté aux besoins des personnes et du territoire (horaires d’ouvertures, type d’activités développées, etc.). Ces espaces trouvent leur force du fait de leur ancrage territorial. 

Extrait de notre vidéo « A la recherche de l’épicerie idéale » avec VRAC Bruxelles .

En quoi les maisons de l’alimentation VRAC sont-elles complémentaires aux groupements d’achats ? 

Loin de remplacer les groupements d’achats, les maisons de l’alimentation sont des lieux qui peuvent amplifier nos actions pour la démocratie alimentaire et la justice sociale. 

> Les personnes en situation de plus grande précarité ont souvent plus de facilités d’achat au sein de ces lieux, car leur ouverture plus régulière et la vente sans précommande permettent de fonctionner sans anticipation budgétaire.   

Réponse à la question « Tout le monde peut-il bien manger ? »  :  « Ici à la MESA, oui c’est possible ! Ailleurs c’est compliqué… » Verbatim issu de la concertation Contrat de ville, réalisée en 2023.  

> Du fait d’une diversité d’activités proposées, les personnes peuvent venir pour différentes raisons, car les lieux offrent plusieurs dimensions, notamment sociales : il n’est pas rare de voir à la MESA de Lyon quelqu’un passer la porte pour faire du lien social (via des animations, le coin café, des temps de paroles, etc.) et découvrir qu’il existe d’autres activités, qu’il est possible de faire ses courses, que c’est un lieu dans lequel on peut être acteur·ice. 

« Maintenant je vois plein plein de mes voisines, je les rencontre, maintenant tout le monde connait la MESA, ils ont compris que c’est bon, que c’est pas cher et je crois qu’ils aiment bien. Même si ils viennent pas que pour les courses, pour manger, pour boire un petit café. » Verbatim issu d’un entretien avec Ines, adhérent·es de la MESA, réalisé en 2023.

> Ces lieux participent activement à la dynamique locale, car la présence quotidienne des équipes VRAC sur un même quartier permet de faire plus de lien avec les structures de proximité, amenant aussi plus de capacité de à coconstruire des projets ! L’inclusion dans une « vie de quartier » génère également une interconnaissance forte équipes / adhérent·es / partenaires, ce qui facilite une réponse plus fine aux besoins : orientation des adhérent·es vers d’autres structures de proximité, etc. Avec des bénéfices indirects tels que : l’amélioration du mieux vivre dans le quartier, la diminution des inégalités sociales, territoriales et économiques en matière de consommation et d’alimentation, ou encore la valorisation de l’image du quartier. 

Comme évoqué plus haut, ces lieux n’ont pas pour but de remplacer les groupements d’achats ! À la différence de ces derniers, qui sont plutôt « frugaux » (moins de moyens humains pour couvrir un territoire plus large, salles mises à disposition par les centres sociaux, collectivités ou bailleurs, etc.), les Maisons de l’alimentation VRAC sont beaucoup plus coûteuses, car nécessitant des équipes salariées fixes et plus nombreuses, du matériel logistique propre, la location ou l’achat de locaux…  

Ces espaces ne peuvent exister que sur des terrains fertiles avec de forts soutiens financiers. Il s’agit donc de penser les Maisons solidaires de l’alimentation VRAC en complémentarité avec le format groupement d’achats et d’outiller notre projet associatif d’une réponse territoriale supplémentaire, qui va également dans le sens du droit à l’alimentation. 

La suite pour le réseau VRAC ? 

 Après le succès de la Maison Engagée et Solidaire de l’Alimentation lancée à Lyon, le réseau VRAC souhaite continuer de développer ces lieux ressources, avec un accompagnement dédié, leur donner de la visibilité et les outiller au mieux grâce aux apprentissages individuels et collectifs du réseau VRAC. C’est aussi une manière d’outiller notre projet associatif avec une réponse territoriale supplémentaire aux enjeux d’accessibilité alimentaire de qualité et aux à nos moyens d’agir pour le droit à l’alimentation.  

Extrait de notre vidéo « A la recherche de l’épicerie idéale » avec VRAC Bruxelles.

En 2025, l’accompagnement à la création de tiers-lieux alimentaires des associations du réseau par VRAC France a comporté trois volets :   

  • La capitalisation : création d’une boite à outils “tiers-lieux alimentaires VRAC”, sur la base des ressources existantes dans le réseau et ailleurs.   
  • L’animation de réseau : lancement d’un sondage pour établir un diagnostic sur les besoins du réseau en vue du lancement d’un groupe de travail sur l’animation des tiers-lieux alimentaires. 
  • L’accompagnement spécifique d’associations développant un tiers-lieu : deux projets ont été accompagnés par VRAC France avec VRAC Bruxelles et VRAC & Cocinas Montpellier. De multiples temps de travail ont eu lieu, des journées de rencontre ont été organisées, ainsi qu’une visite apprenante afin de s’inspirer d’autres projets !  

Deux ouvertures sont donc à venir avec :  

  • Le tiers-lieu Bruxellois qui a commencé à proposer ses premières activités à l’automne 2025 et continue son développement.  
  • Et celui de Montpellier qui est encore dans l’ingénierie des travaux avec le bailleur propriétaire du local qui abritera le futur tiers-lieu, et dans une démarche de mobilisation des habitant·es du quartier d’implantation.